Projet 4x4 : l’esprit OuVoPo
(Ouvroir de Voyage Potentiel)
Projet 4x4 : l’esprit OuVoPo
(Ouvroir de Voyage Potentiel)
intermède pécunier
destiné à y voir plus
clair sur son désir
(en gros : publicité)
Comment : quel sens donner à une errance et aux rencontres qu’elle permet ?
L’idée de ‘‘tour du monde’’ me paraît profondément symptomatique d’un certain imaginaire contemporain occidental. Elle n’est pas intéressante. Les projets de tour du monde s’enferment très souvent dans des œillères temporelles et spatiales. Temporelles : les tours du monde se bouclent en un an bien souvent. Ce genre de voyage est parfaitement cadré et planifié : il laisse peu de place à l’improvisation, à l’errance, à la rencontre. De plus, faire le tour du monde en un an, vues les distances à parcourir, cela revient à faire de longues ballades entrecoupées d’avion ou de bus. Bref, le tour du monde est bien souvent anti-écologique. Au final, on ne connaît rien aux pays qu’on a traversés, on a juste gagné la fierté de pouvoir dire qu’on les a ‘‘faits’’.* Rappelons-nous Jules Verne : le tour du monde est une course, un défi compétitif, bref une manière de courir après le temps, de réaliser des prouesses, de passer sans rien voir. Spatiales : la boulimie pathologique de vouloir faire un ‘‘maximum de pays’’…
D’où un projet « 4x4 » (intitulé hautement ironique) : parcourir quatre continents (l’exclu est l’Europe) en quatre voyages, distincts entre eux (afin de prendre le temps de s’approprier les richesses perçues, de se ressourcer, d’écrire, de se documenter à nouveau) ; et au cours de chaque parcours, errer à travers quatre pays.
Se limiter à quatre pays, c’est s’assurer de passer environ deux mois dans chacun : cela reste très court, mais permet d’aller vraiment au contact des paysages, des cultures, des traces du passé et surtout des gens. C’est aussi pouvoir emprunter les routes secondaires, serpenter plus, aller dans des culs-de-sac : autant d’éléments fondamentaux pour faire de véritables rencontres. Il n’y a donc pas d’itinéraires prévus au sein de chaque pays (objectif qui rend la traversée rapide, pressée, inapte à la rencontre), mais des zones d’errance, des points de contacts.
Le nombre de quatre me permet de choisir des critères afin de constituer un panel diversifié. Les pays ne sont pas choisis au hasard, mais de telle sorte à dessiner un parcours hétérogène. Par rapport aux questions de la mondialisation et de l’altérité, j’ai choisi les quatre critères suivant :
a.un pays notoirement touristique, donc forcément réduit à des clichés dans l’esprit des étrangers : un pays touristique se voit réduit à des ‘‘incontournables’’ (selon le vocabulaire des guides touristiques) qui masquent souvent ses multiples autres richesses.
b.un pays méconnu : typiquement le pays dont on ne connaît pas le nom de la capitale et qu’on n’arrive même pas à placer sur un atlas ; il suffit d’en parler intensément autour de soi pour voir confirmer qu’il existe des pays unanimement mal connus malgré nos systèmes d’instructions.
c.un pays ‘‘pauvre’’ : non pas au sens du PIB (indice absurde qui réduit l’humain à sa force de production) mais au sens de l’indice créé en autres par l’économiste indien Amartya Sen : l’IDH (indice de développement humain).* J’ai choisi une valeur autour de 0,5 (sauf pour l’Amérique, où il faut monter à 0,7 pour trouver le pays avec le plus faible IDH, à savoir la Bolivie).
d.une ancienne colonie française, pour explorer les spécificité et les effets à long terme qu’a eus la colonisation. Comme je suis Français et connais mieux l’histoire de mon pays, il était plus pertinent que je prenne une ancienne colonie française.
Ces critères ont quelque chose d’idiot, d’arbitraire, d’abstrait... bref d’un peu bête (tant mieux, nous susurrerait Deleuze) ! À la manière de l’Oulipo, je pense qu’il y a de la joie et de la fécondité à attendre de pareilles démarches aléatoires. Je me doute que ce panel n’a rien de ‘‘représentatif’’, comme on dirait en méthodologie de la statistique. Mais qu’est-ce qu’un extrait de monde représentatif ? Ça n’a pas de sens. Et soyons honnête : tout projet de voyage n’est-il pas un contresens sur la réalité, un espoir rêvé... et c’est pourquoi on part ! (cf. le texte de Duras dans la page Qui suis-je ?)
Avec ces quatre critères, on obtient tout de même un patchwork intéressant pour interroger la notion de mondialisation. À ces critères élaborés par la réflexion, je dois ajouter trois paramètres contraignants :
- assurer un maximum de continuité dans l’itinéraire en choisissant des pays frontaliers si possibles : afin de limiter les liaisons motorisées.
- se plier aux formalités diplomatiques, notamment par rapport aux conditions d’obtention de visas (par exemple, il est impossible de rester plus de trente jours dans certains pays, au Bhoutan, il faut payer 200$ par jour).
- l’itinéraire doit être sensé par rapport à la climatologie : par rapport aux calendriers des parcours annuels (juillet > mai), le trajet nord-sud s’impose pour les quatre continents.
D’où cette première hypothèse de parcours – la courbe est suggestive au sein de chaque pays : elle traduit le principe de l’errance.
NOTE : Cela ne veut proprement rien dire : ‘‘j’ai fait l’Afrique’’ résonne à mon sens comme un propos ethnocentrique ignorant complètement la diversité d’un continent en le ramenant à une entité homogène et abstraite.
On est plus proche de l’idéologie du Paris-Dakar que de la découverte de l’autre.
‘‘J’ai fait les Philippines’’ : ah bon ? les 7000 îles ?
NOTE : Cet indice composite prend en compte les systèmes de santé (longévité), d’éducation (alphabétisation) et le niveau de vie d’un pays (le PIB est logarithmé pour qu’il ne compte pas plus que les deux autres indices). Il est une moyenne équilibrée de ces trois informations.
Parcours asiatique 2011-2012
Kirghizistan (b) > (-) Inde (a) > Népal (c) > (-) Laos (d)
() : cela signifie qu’une liaison est nécessaire : en stop si possible (nouvelle occasion de rencontre), en train éventuellement, en bateau quand il y a de l’eau, ou enfin en avion (en dernier recours).
J’ai déjà quelques idées pour les trois autres parcours, ainsi que leurs conditions...
Néanmoins, il est inutile d’anticiper trop tôt : le monde évolue et un tracé valide à un moment donné peut perdre son sens ou devenir impossible deux ans plus tard...
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